À Biarritz, le cœur de la campagne tient en un nom : Aguilera. Ce vaste plateau, qui abrite le Parc des Sports et le Biarritz Olympique, est l’un des derniers fonciers significatifs de la ville ; son avenir articule les questions du logement, de la préservation patrimoniale et de la valorisation touristique. La discussion s’est muée en ligne de fracture politique : d’un côté, un projet de requalification mixte défendu par la municipalité pour répondre aux besoins en logement et moderniser les infrastructures ; de l’autre, une opposition incarnée par une figure forte du rugby local qui refuse que le site perde sa vocation sportive.
La maire sortante, Maider Arosteguy, porte un projet qui met en regard la préservation d’un équipement modernisé et la construction d’un nombre significatif de logements — son équipe évoque plusieurs centaines d’unités avec une part dédiée au logement social — en affirmant que le projet « projette Aguilera vers l’avenir » et qu’il permet de conjuguer équipement sportif et besoins résidentiels. Dans la présentation municipale, la proportion de surface consacrée au logement est expliquée comme limitée et pensée pour financer en partie la modernisation du stade et des installations sportives. Selon des documents de la mairie et des comptes rendus de réunions publiques, des estimations antérieures avaient évoqué des ordres de grandeur financiers autour de plusieurs dizaines de millions d’euros pour la restructuration, et, dans des notes de procédure, le montant global d’un projet antérieur a été chiffré autour de 58 millions d’euros, ventilé entre rénovation du club professionnel et équipements amateurs — chiffres qui servent de référence dans les débats locaux sur la soutenabilité.
Face à ce projet, la candidature de Serge Blanco a changé la donne. Blanco a choisi de faire d’Aguilera un marqueur central de sa campagne, se présentant comme le défenseur d’une vocation sportive et sociale du site et lançant des phrases fortes comme : « Depuis une dizaine d’années, j’ai vu Biarritz se fracturer », positionnant sa démarche comme la défense du pacte entre la population et son identité collective. Blanco fait de la préservation du terrain de jeu un actif symbolique à protéger contre ce qu’il qualifie de pression immobilière et de dénaturation de l’âme de la ville. Cette posture mobilise une portion significative de l’électorat local qui considère le club et le site comme des biens communs constitutifs de l’image de Biarritz.
Sur les arithmétiques locales, la problématique est simple et brutale : le foncier est rare, la demande de logement est forte et la capacité d’autofinancement d’une commune moyenne ne permet pas d’assumer seule des dépenses de rénovation lourde. Le choix public se présente donc comme un arbitrage entre valorisation foncière (et recettes de cession ou de montage immobilier) et sanctuarisation d’un équipement qui a une valeur immatérielle forte pour l’attractivité touristique et l’identité locale. Lors des débats publics, la maire a tenu à préciser que « le terrain sportif restera préservé et que la part de logements ne représentera qu’une fraction limitée de la surface » — une réponse directe aux inquiétudes exprimées par l’ancien joueur et par des riverains. L’issue déterminera le profil des futurs montages financiers : un projet mixte ouvre la porte à des partenaires privés et à des mécanismes de portage immobilier ; une sanctuarisation pure renverra la charge sur les subventions publiques et sur une stratégie d’exploitation sportive soutenue par des financeurs institutionnels.
Alain Jouve