La féminisation du sport français avance, mais à un rythme encore modéré. C’est le principal enseignement du Baromètre féminisation 2026 publié par le COSMOS, l’organisation patronale de la branche sport, qui a interrogé 1 059 structures sportives en février dernier. Associations pour l’immense majorité — 96 % des répondants — et souvent de petite taille, avec 70 % d’entre elles comptant moins de sept salariés, ces organisations constituent un observatoire privilégié des dynamiques à l’œuvre sur le terrain.
Premier constat : la présence féminine parmi les pratiquants progresse peu mais se maintient à un niveau significatif. Les femmes représentent aujourd’hui 40 % des pratiquants au sein des structures interrogées, un niveau quasiment identique à celui observé en 2024 (39 %). En revanche, la progression reste beaucoup plus limitée lorsqu’il s’agit des postes de responsabilité. Les femmes ne représentent que 11 % des salariées dirigeantes, malgré une hausse de trois points par rapport à la précédente édition du baromètre. Les élues au sein des instances dirigeantes atteignent 36 %, tandis que les salariées hors fonctions de direction représentent 35 % des effectifs.
Cette photographie confirme une tendance déjà identifiée depuis plusieurs années : la féminisation avance plus vite dans la pratique sportive que dans les sphères décisionnelles et professionnelles.
Des initiatives de plus en plus structurées dans les clubs
Le baromètre met toutefois en lumière une mobilisation croissante des structures sportives. Près de 68 % d’entre elles déclarent avoir engagé ou prévoir d’engager des actions en faveur de la féminisation en 2025 ou 2026, soit une progression de quatre points par rapport à 2025 et de huit points depuis 2024. Dans le même temps, 49 % des structures ont nommé — ou envisagent de nommer — un référent dédié à ces questions.
Cette fonction de référent féminisation, souvent portée par des bénévoles dans 67 % des cas, vise à structurer des initiatives qui étaient jusqu’ici ponctuelles. Les missions confiées à ces référents concernent principalement la promotion de la pratique, l’organisation d’événements dédiés ou encore la communication et la formation.
Sans surprise, le développement de la pratique sportive constitue le cœur des actions engagées. Il concerne 88 % des initiatives recensées dans l’enquête. Les structures multiplient les formats visant à faciliter l’accès des femmes à la pratique, qu’il s’agisse de journées découverte, d’offres adaptées aux contraintes de temps ou de compétitions dédiées. Les initiatives liées à la gouvernance progressent également, avec 34 % des répondants déclarant agir sur ce terrain, tandis que la formation représente désormais 26 % des actions menées.
En revanche, la question de l’emploi demeure marginale : seulement 10,6 % des structures indiquent avoir engagé des actions spécifiques pour féminiser leurs effectifs salariés, même si ce chiffre progresse nettement par rapport aux 4 % observés en 2025.
Des freins structurels et organisationnels persistants
Malgré cette mobilisation, plusieurs obstacles continuent de freiner la féminisation du secteur. Les répondants identifient d’abord des contraintes liées au temps disponible. Quarante pour cent des structures soulignent les difficultés rencontrées par les femmes pour dégager du temps pour la pratique ou pour s’engager dans la gouvernance associative, notamment en raison de la charge mentale et parentale et des horaires souvent décalés des activités sportives.
La transformation des instances dirigeantes reste également un chantier complexe. Trente-huit pour cent des répondants évoquent des difficultés à faire évoluer la gouvernance dans des organisations historiquement dirigées par des hommes. L’accès aux postes décisionnels peut encore s’accompagner d’un manque de considération interne ou externe, notamment vis-à-vis des partenaires institutionnels. À cela s’ajoute un phénomène d’autocensure : 17 % des structures constatent un sentiment d’illégitimité qui freine certaines femmes à briguer des responsabilités.
Les difficultés apparaissent aussi dans le recrutement et la fidélisation des pratiquantes. Vingt-sept pour cent des structures évoquent des obstacles spécifiques, parmi lesquels l’absence d’encadrantes, le manque de créneaux d’infrastructures disponibles ou encore des formats de compétition parfois peu adaptés aux attentes de certains publics.
Au-delà de ces facteurs organisationnels, les stéréotypes de genre continuent de peser fortement. Près de 37 % des structures indiquent y être confrontées, qu’il s’agisse de perceptions sociétales associant certaines disciplines à un univers masculin ou de l’absence de modèles féminins visibles dans les fonctions d’encadrement et de direction.
Pour les organisations sportives, l’enjeu dépasse désormais la simple augmentation du nombre de pratiquantes. La question centrale devient celle de la structuration durable de la féminisation, qu’il s’agisse de professionnaliser les dispositifs, d’accompagner l’accès des femmes aux métiers du sport ou de faire évoluer les instances dirigeantes. Selon le COSMOS, les prochaines années devront permettre de consolider ces dynamiques et d’inscrire ces démarches dans des stratégies de long terme au sein des structures.
AJ