La nouvelle carte des sites validée par le COJOP Alpes 2030 a fait tomber le pôle sports de glace du côté de Lyon, et avec lui une part significative des investissements envisagés sur la Côte d’Azur. Le coût prévisionnel total des ouvrages — une quarantaine d’opérations réparties entre Haute-Savoie, Savoie, Briançonnais et métropole lyonnaise — s’établit désormais à 961 millions d’euros, contre 1,4 milliard affiché en début d’année, soit 445 millions d’euros en moins. L’enveloppe des concours publics suit le mouvement : 665 millions d’euros, contre 868,6 millions votés le 28 janvier. La ventilation, elle, se resserre autour de deux blocs — 473 millions apportés par l’État et les deux Régions, 192 millions par les autres collectivités — là où la version hivernale affichait 587,6 millions côté État-Régions et 281 millions côté collectivités. Deux réserves restent sanctuarisées dans l’architecture : 7 % des concours publics pour les compléments de programme et éventuelles opérations nouvelles, 3 % pour l’innovation.
Une gouvernance qui s’élargit à Lyon
L’arrivée du quatrième pôle n’est pas qu’une ligne comptable. Le conseil d’administration accueillera un représentant de la Métropole de Lyon ainsi qu’un représentant des communes du territoire désigné par l’association des maires du département du Rhône et de la métropole de Lyon. Les conventions de financement avec la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département de la Haute-Savoie et la commune de La Clusaz ont par ailleurs été approuvées. Sur l’accessibilité, la Solideo s’aligne sur la Feuille de route Handicap et Accessibilité Universelle pilotée par la DIJOP : conception universelle des bâtiments, prise en compte de la diversité des usages, et surtout continuité des cheminements au-delà des limites de chaque ouvrage, un point qui engage autant les collectivités que le maître d’ouvrage. Le calendrier de concertation suit son cours — neuf réunions publiques depuis juin, un site internet dédié aux contributions — et le bilan des concertations préalables du printemps doit être rendu public avant la fin de l’année.
Quatre territoires, quatre chantiers lancés
En Haute-Savoie, le village des athlètes de Saint-Jean-de-Sixt a son opérateur : Bouygues Immobilier a été retenu comme lauréat, pour un dépôt de permis de construire attendu avant la fin 2026. En Savoie, trois dossiers avancent en parallèle. La convention relative à la mise en souterrain de la ligne RTE à Bozel, préalable au village des athlètes, est validée — convention de travaux en novembre 2026, démarrage des travaux en février 2027. La convention d’objectifs de l’ascenseur valléen entre Bozel et Courchevel Village 1550, avec gare intermédiaire à Courchevel-Bon, a été approuvée, la désignation du maître d’œuvre et les études préliminaires étant prévues en novembre. Même échéance pour le dépôt de l’évaluation environnementale et de la déclaration préalable concernant l’aménagement de la piste de l’Éclipse à Courchevel. Dans le Briançonnais, le Fort-des-Trois-Têtes entre en phase opérationnelle : la convention d’objectifs signée avec Linkcity Sud-Est porte sur 72 logements familiaux en phase 1, des stationnements et une voie d’accès secondaire, l’Autorisation de Travaux sur Monument Historique ayant été déposée le 18 septembre. La phase Héritage verra la cession de deux bâtiments, dont l’ancienne chapelle, à EDIFIM et ELEGIA, pour 36 logements en accession. À l’Usine de la Schappe, promise aux organisateurs pendant les Jeux, la réhabilitation prévoit 117 logements, 140 places de stationnement et 1 000 m² de commerces et services en rez-de-chaussée ; permis déposé fin septembre, travaux au deuxième semestre 2027. À La Salle-les-Alpes enfin, le front de neige Fréjus et ses abords feront l’objet d’une convention signée avec le COJOP et la commune — requalification des espaces publics, cheminements piétons, accessibilité, stationnement, et un bâtiment multifonctionnel en supplément.
Le pôle lyonnais concentre l’essentiel des regards. À Oullins-Pierre-Bénite, au sein de la ZAC de la Saulaie, la Solideo supervisera la réalisation d’un village de 1 650 lits pendant les Jeux, porté par le groupement Demathieu Bard Immobilier et SOGEPROM, organisé autour d’une place centrale et d’une halle réhabilitée. L’héritage promis dépasse les 28 000 m² de surface de plancher, avec une programmation mixte — logements sociaux et en accession, résidence étudiante, coliving, activités, commerces, bureaux. Le dépôt des autorisations d’urbanisme est attendu en décembre 2026.
Le calendrier comme variable critique
Reste la question que la baisse de l’enveloppe ne règle pas. Depuis la désignation des Alpes françaises par le CIO, le dossier budgétaire des Jeux d’hiver 2030 n’a cessé de circuler entre les assemblées : passage en commission des finances du Sénat, audition conjointe d’Edgar Grospiron, de Pierre-Antoine Molina pour la DIJOP et de Damien Robert pour la Solideo, interrogation sur le financement des équipements pérennes. La facture consolidée des Jeux — budgets du comité d’organisation et de la Solideo additionnés — a été évaluée à environ 3,5 milliards d’euros, dont près de 40% de fonds publics. Sur un chantier où le moindre retard se retrouve en une du journal de 20 heures, revoir l’enveloppe à la baisse sert d’abord à rassurer ceux qui paient : l’État, les deux Régions, et des collectivités dont les budgets de fonctionnement se resserrent d’année en année.
Le président de la Solideo, Fabrice Pannekoucke, en a tiré une formule de méthode : « tenir le calendrier, maîtriser chaque investissement et préparer des ouvrages qui serviront bien au-delà de l’événement ». Damien Robert, directeur général exécutif, insiste sur le cadre « clair » que constitue cette maquette pour poursuivre dans les quatre territoires. L’argument se tient, mais il déplace le risque. Avec 961 millions au lieu de 1,4 milliard et un périmètre ramené à quatre pôles, l’attention ne porte plus sur l’argent disponible : elle porte sur les études à rendre, les autorisations à obtenir et les opérateurs à engager. D’ici février 2030, les mois sont comptés, et l’arbitrage lyonnais devra valoir mieux qu’un gain comptable.
AJ
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