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UTMB : « Une OPA sur le Mont-Blanc », dénonce le maire de Saint-Gervais

Sport Stratégies : À quel moment l’UTMB cesse-t-il d’être une chance pour le territoire pour devenir une contrainte pour ceux qui y vivent toute l’année ? Est-ce que, selon vous, ce seuil a déjà été atteint à Saint-Gervais ou dans la vallée ?

Jean-Marc Peillex (*) : Le seuil est dépassé depuis de très nombreuses années, en raison de l’absence de cadre fixé par les autorités chamoniardes et de leur refus d’en instaurer un. Presque chaque année, les organisateurs ont augmenté les chiffres, qu’il s’agisse du nombre de coureurs ou du nombre de courses, transformant ce qui était une épreuve sportive de 700 coureurs — à comparer aux courses locales comme le Nid d’Aigle, qui se sont toujours limitées à environ 500 — en un mastodonte de 10 000 coureurs, en quête de notoriété personnelle et d’image. Pour Saint-Gervais, l’effet n’est pas et ne sera jamais considérable, car les courses empruntent pour la plupart des chemins de montagne en altitude, à l’exception de l’UTMB, qui traverse le bourg de Saint-Gervais à ma demande, afin que notre territoire — incontournable, puisque sans Saint-Gervais il n’y a plus de courses — ne soit pas seulement mis à contribution. Ce ne sont donc qu’environ 2 500 coureurs qui traversent le village, pendant environ trois heures, le vendredi soir.

Les habitants ont le sentiment que le modèle grossit plus vite que le territoire ne peut l’absorber. Peut-on encore augmenter le nombre de participants, de visiteurs et d’événements autour de l’UTMB sans augmenter mécaniquement les nuisances pour les habitants ?

C’est plutôt l’effet inverse : le nombre d’habitants permanents de la vallée de Chamonix diminue, alors que ces courses, elles, se multiplient. Moins de 9 000 habitants permanents, pour des épreuves qui réunissent — selon nos confrères — 10 000 coureurs, 100 000 accompagnants et 20 000 bénévoles, dont la majorité sont des habitants permanents, mais aussi des bénévoles venus de l’extérieur pour l’aura de l’événement et son tee-shirt. On ne peut donc plus augmenter ces chiffres, qu’il s’agisse des courses ou des coureurs : il faut au contraire les diminuer fortement.

Vous parlez de « fuite en avant ». Qu’est-ce qui, concrètement, devrait aujourd’hui être plafonné ou régulé : le nombre de coureurs, le nombre de courses, les animations, les flux touristiques, les infrastructures ? Et qui doit fixer cette limite ?

Il faut revenir au sport et dégonfler le mammouth business qu’est devenue l’entreprise UTMB Mont-Blanc. C’est aux autorités — la commune de Chamonix et la préfecture, les autres communes ne faisant que subir leurs décisions — de trancher. Leur absence de décision est responsable de cette fuite en avant ; elles en sont seules responsables. Sur le fond, je pense que l’organisation est prête à tout, car son objectif n’a jamais été d’organiser des courses au pays du Mont-Blanc, mais de réaliser une OPA sur le massif, qu’elle a soustrait aux communes pour en faire un business mondial « by UTMB Mont-Blanc ». À l’exception de Chamonix, qui en tire seule les bénéfices en termes de communication, les autres territoires n’en retirent aucune retombée, en particulier Saint-Gervais, qui abrite pourtant le sommet du Mont-Blanc sur son territoire. Le problème, pour eux, n’est donc plus celui des courses locales et de leur juste dimension, mais celui du monopole qu’ils ont bâti à l’échelle mondiale.

L’UTMB génère évidemment des retombées économiques considérables. Mais comment mesure-t-on ce qui revient réellement aux habitants et aux commerces locaux, par rapport à ce que capte l’écosystème international de l’événement ? Avez-vous des chiffres qui permettent de l’objectiver ?

L’économie générée est essentiellement chamoniarde. Les autres vallées n’en tirent que quelques retombées, via les hôtels et les meublés, lorsque Chamonix affiche complet.

Peut-on imaginer un nouveau contrat entre l’UTMB et les communes traversées ? Par exemple, une contribution financière plus importante de l’organisation pour financer les transports, la gestion des déchets, la protection des espaces naturels ou les services mobilisés pendant la course ?

Le problème n’est pas l’argent : ils se sont appropriés la poule aux œufs d’or. On n’achète ni les élus, ni la nature, avec des contributions ou des opérations « environnementales » destinées à les repeindre en vert.

Le problème est aussi celui de l’usage de la montagne. Comment concilier une manifestation devenue mondiale avec des espaces naturels qui, eux, ne sont pas extensibles ? Faut-il envisager des quotas, des parcours alternatifs ou même, certaines années, une réduction du format ?

La nature subit et se trouve malmenée par le passage, avant, pendant et après la course, de citadins qui ne sont là que pour leurs exploits personnels et la valorisation de leur image. Ils se soucient peu de ce qu’ils lui font subir, en s’abritant derrière l’effet de masse — pris individuellement, ils ne sont pas destructeurs. Il faut revenir au sport, retrouver le sens des mots résilience et renoncement. Ceux qui veulent briller par tous les temps doivent se tourner vers les courses urbaines — marathon de New York, de Paris, de Tokyo — mais pas s’imposer dans un environnement aussi fragile que le nôtre.

Si vous aviez aujourd’hui trois mesures à imposer pour rendre l’UTMB durablement acceptable par la population locale, quelles seraient-elles ? Et surtout : êtes-vous prêt à demander à l’organisation de renoncer à certaines choses, même si cela signifie moins de retombées économiques ?

Le renoncement économique ne concerne que Chamonix ; ce sujet ne nous préoccupe donc pas. Leur renoncement doit porter sur les chiffres — courses et coureurs. Les collectivités n’ont pas à subir cette situation, ni le droit d’utiliser de l’argent public pour satisfaire une organisation commerciale. Les subventions déjà obtenues me semblent d’ailleurs très critiquables sur le plan juridique.

Considérez-vous aujourd’hui que le problème relève simplement de la perception des habitants, ou qu’il existe réellement une limite physique et environnementale au développement de l’UTMB ?

Le problème, tel que je l’ai développé, tient plutôt au fait que notre territoire n’est pas à vendre à des multinationales pour qu’elles y organisent leur business à moindres frais — sans location des terrains, sans rémunération des bénévoles, avec des courses de marque. Cette époque est révolue. Il faut en revenir au sport et à sa définition.

Propos recueillis par Alain Jouve

* Maire de Saint-Gervais et Conseiller départemental du mont-blanc, vice-président du Conseil départemental – Président de la communauté de communes pays du mont-blanc – chef d’entreprise

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