Pendant que la presse quotidienne s’écharpe sur le sort d’Edgar Grospiron, une information passe presque inaperçue : un partenaire s’apprêtait à signer, puis a préféré attendre. Ce simple report en dit plus sur l’état réel du Cojop que n’importe quelle réunion de bureau exécutif — la crise de gouvernance des Alpes 2030 ne bloque plus seulement des nominations, elle commence à faire hésiter ceux qui doivent payer pour y figurer.
Il y a deux mois, EDF devenait le premier partenaire premium des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030, une signature présentée comme le point de départ d’un programme de sponsoring censé structurer le modèle économique de l’événement. Mercredi 9 septembre, à Lyon, une deuxième grande entreprise française devait lui emboîter le pas et dévoiler publiquement son partenariat. L’annonce n’a pas eu lieu. Le Cojop a fait savoir à l’AFP que le report concernait la communication, pas l’accord commercial lui-même, invoquant la nécessité de dissocier cette séquence d’un bureau exécutif jugé sensible, prévu le lendemain. Plusieurs sources concordantes ont une toute autre version des faits… celle d’une gouvernance à ce point instable que même une entreprise déjà engagée préfère ne pas apposer son nom à côté de celui d’un président dont le maintien se discute en interne.
Problématique non ? Tant que la crise se limitait à des postes vacants au sein du Cojop, elle relevait de l’organigramme. En touchant la signature d’un partenaire, elle touche au financement même des Jeux. Le sort d’Edgar Grospiron n’en est que la conséquence la plus visible.
Le climat délétère n’est pourtant pas une surprise. Depuis la nomination de l’ancien champion olympique de ski freestyle à la présidence du comité d’organisation en février 2025, le Cojop a vu partir son directeur général Cyril Linette en février dernier, après un différend ouvert entre les deux hommes, ainsi que sa directrice des opérations, son directeur de la communication et le responsable du comité des rémunérations. Fabrice Pannekoucke, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, appelé à accueillir l’essentiel des épreuves et des athlètes après le retrait de Nice sur le pôle glace, avait résumé l’attente des collectivités hôtes dans Le Progrès fin juin : « il faut qu’il travaille, qu’il démontre, qu’il livre ».
La carte des sites présentée à la même période, puis l’arbitrage rendu ces derniers jours en faveur de Val d’Isère et Courchevel pour le ski alpin, montrent que la machine technique continue d’avancer. Mais ce décalage interroge. Le Cojop produit des livrables, mais n’arrive pas à sécuriser la confiance de ses partenaires financiers autour d’eux.
Le calendrier ne laisse aucune marge. La commission d’évaluation olympique doit se rendre à Lyon du 14 au 16 septembre pour apposer officiellement le label sur la carte des sites, quelques jours seulement après un bureau exécutif dont l’issue reste incertaine à l’heure où ces lignes sont écrites. Un scénario de départ de Grospiron circule avec insistance dans la presse quotidienne régionale et nationale, sans qu’aucun plan de succession ne semble stabilisé à ce stade. Le Cojop a réglé Val d’Isère et Courchevel en quelques jours. Il lui reste mille deux cent quarante pour régler sa propre présidence.
Alain Jouve
PakarPBN
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